La Convention de Bâle est l’un des cadres juridiques internationaux les plus importants pour contrôler les mouvements transfrontières de déchets dangereux et d’autres déchets. Ses amendements sur les déchets plastiques, adoptés en 2019 et entrés en vigueur en 2021, ont changé la manière dont de nombreuses expéditions de déchets plastiques sont contrôlées au niveau international. En conséquence, plusieurs catégories de déchets plastiques sont devenues soumises à la procédure de consentement préalable en connaissance de cause de la Convention, ce qui signifie que les expéditions peuvent nécessiter une notification, un consentement, des documents de mouvement et une confirmation de l’élimination avant de pouvoir légalement franchir les frontières.

Il s’agissait d’une évolution juridique importante, qui a conduit de nombreux pays à imposer des interdictions d’importation de déchets plastiques ou à interdire certains types de produits plastiques. Pourtant, tout cela n’a pas permis d’assurer une gestion écologiquement rationnelle et efficace des déchets plastiques.

La raison tient à l’absence de systèmes opérationnels permettant de savoir ce qui est exporté, ce qui est importé, qui est responsable, si le consentement a été correctement obtenu, si l’expédition est arrivée, et si les déchets ont effectivement été recyclés, valorisés ou éliminés comme déclaré.

Ce que la procédure PIC de Bâle exige

La procédure de consentement préalable en connaissance de cause est au cœur du système de contrôle de la Convention de Bâle. La Convention décrit la procédure, sur sa page consacrée aux approches électroniques pour les notifications et les documents de mouvement, comme comprenant quatre grandes étapes : la notification, le consentement et la délivrance du document de mouvement, le mouvement transfrontière, puis la confirmation de l’élimination.

En principe, cela crée une chaîne claire de responsabilité.

Avant qu’une expédition ne soit effectuée, le pays exportateur doit notifier le pays importateur ainsi que les éventuels pays de transit. L’expédition ne devrait pas avoir lieu sans consentement. Lorsqu’elle a lieu, elle doit être accompagnée de documents de mouvement. À la fin de la chaîne, l’élimination ou la valorisation doit être confirmée.

Sur le papier, il s’agit d’un modèle de conformité solide.

Dans la pratique, il dépend de la capacité des pays à gérer les informations qui sous-tendent la procédure : exportateurs, importateurs, codes de déchets, quantités, destinations, itinéraires de transit, statut du consentement, documents d’expédition, autorisations des installations et confirmation du traitement final.

Existe-t-il des données sur le commerce international des déchets ?

Il existe des données sur le commerce international des déchets, mais elles sont fragmentées et incomplètes.

Certaines données commerciales proviennent des systèmes douaniers et statistiques, tels qu’UN Comtrade et les bases de données douanières nationales. Les chercheurs utilisent ces systèmes pour estimer le commerce mondial des déchets plastiques. Par exemple, une étude publiée en 2024 dans Resources, Conservation and Recycling a estimé que les exportations mondiales de déchets plastiques ont totalisé environ 255 millions de tonnes entre 1988 et 2022.

D’autres données proviennent des rapports nationaux soumis dans le cadre de la Convention de Bâle. Les Parties sont tenues de transmettre des rapports nationaux annuels au titre de l’article 13 de la Convention. Le système électronique de reporting de la Convention de Bâle est l’outil utilisé par les Parties pour soumettre ces rapports, et le Secrétariat indique que les rapports soumis par les Parties peuvent être consultés pour les années 2001 à 2024.

Les rapports nationaux de Bâle peuvent inclure des informations sur la production, l’exportation et l’importation de déchets dangereux et d’autres déchets. La Convention dispose également d’un tableau de bord des rapports fondé sur les données transmises par les Parties.

La Convention de Bâle collecte-t-elle des données PIC ?

La Convention de Bâle collecte des données de reporting national auprès des Parties, et ces rapports peuvent inclure des informations sur les exportations et les importations de déchets contrôlés. Ce système de reporting est important, mais il ne constitue pas une plateforme mondiale de suivi PIC en temps réel.

Le Secrétariat de la Convention de Bâle indique lui-même, dans sa page sur les approches électroniques pour les notifications et les documents de mouvement, que la documentation PIC reste encore souvent fondée sur le papier et transmise par courrier, fax et courriel. Il explique également que les approches électroniques pourraient réduire la charge administrative, accélérer la procédure PIC, en diminuer le coût et améliorer l’application des règles.

C’est un point essentiel. Si la Convention elle-même reconnaît que la documentation est encore souvent traitée par papier, courrier, fax et courriel, cela signifie que le système de contrôle est juridiquement contraignant, mais opérationnellement dépassé.

Il n’existe pas de système public unique permettant de consulter en temps réel toutes les notifications PIC, les décisions de consentement, les documents de mouvement, le statut des expéditions, les itinéraires de transit, les confirmations de traitement final et les incohérences. Les informations sont plutôt réparties entre les autorités nationales, les rapports annuels, les données douanières, les autorisations individuelles, les documents papier, les courriels et les systèmes nationaux.

Les données collectées dans le cadre de la Convention de Bâle reflètent-elles réellement le commerce des déchets ?

Les données de Bâle sont importantes, mais elles ne capturent pas pleinement la réalité opérationnelle du commerce des déchets.

Premièrement, les rapports nationaux sont annuels et rétrospectifs. Ils sont utiles pour indiquer ce qui s’est produit, mais beaucoup moins pour contrôler les expéditions au moment où elles ont lieu.

Deuxièmement, la qualité du reporting varie selon les pays. La Convention de Bâle avertit, dans son outil de visualisation des données, que les données reposent sur les informations transmises par les Parties et doivent être interprétées avec prudence. La littérature académique a également identifié les pratiques inégales de reporting national entre pays et entre années comme une limite de la base de données de la Convention de Bâle.

Troisièmement, les statistiques commerciales et les rapports de Bâle ne remplissent pas toujours la même fonction. Les données douanières peuvent montrer qu’un déchet a été déplacé d’un pays à un autre, mais elles n’indiquent pas nécessairement si le mouvement a été correctement notifié au titre de la procédure PIC, si l’installation de réception était autorisée, si l’opération de valorisation déclarée a effectivement eu lieu, ou si le matériau a été mal classé.

Quatrièmement, le commerce des déchets plastiques n’est qu’une partie du système plus large du commerce des déchets. Les déchets peuvent être mal classés, mélangés à d’autres matériaux, acheminés par des pays intermédiaires, ou déclarés comme matières recyclables alors même que le système de réception n’est pas en mesure de les gérer correctement.

Cela signifie que les données PIC disponibles à travers les rapports nationaux ne doivent pas être confondues avec un contrôle complet des mouvements de déchets.

Pourquoi le système ne fonctionne pas suffisamment bien

La faiblesse n’est pas seulement juridique. Elle est opérationnelle.

La procédure PIC repose sur de multiples autorités, documents, exportateurs, importateurs, bureaux de douane, pays de transit et installations d’élimination ou de recyclage. Si ces acteurs ne sont pas formés ou reliés par des flux de travail numériques, le système devient lent, fragmenté et difficile à faire appliquer.

Une expédition peut être approuvée dans un système, documentée dans un autre, contrôlée par les douanes dans un troisième, puis signalée au Secrétariat de la Convention de Bâle beaucoup plus tard dans un rapport national annuel. Si les informations sont manquantes, incohérentes ou tardives, les autorités peuvent ne détecter les problèmes qu’après le déplacement des déchets.

Cette situation est particulièrement problématique pour les déchets plastiques, car la valeur du matériau dépend fortement de sa qualité, de son niveau de contamination et de sa recyclabilité réelle. Une expédition peut être décrite comme un déchet plastique destiné au recyclage, alors que le pays de réception ne dispose pas de la capacité nécessaire pour le traiter correctement. Une fois l’expédition arrivée, la faiblesse des infrastructures nationales, le traitement informel, les dépôts à ciel ouvert ou le brûlage illégal peuvent transformer un mouvement commercial légal en problème environnemental.

Les informations récentes continuent de montrer comment les exportations de déchets plastiques des pays à revenu élevé sont redirigées vers des pays qui peuvent déjà avoir des difficultés à gérer leurs propres déchets. Par exemple, The Guardian a rapporté que l’Allemagne et le Royaume-Uni figuraient encore parmi les principaux exportateurs de déchets plastiques en 2025, avec de grands volumes envoyés vers des pays comme la Turquie, la Malaisie et l’Indonésie. Reuters a également rapporté que le Vietnam, important importateur de déchets plastiques, peine à recycler à la fois ses déchets nationaux et les déchets importés, une situation aggravée par un tri insuffisant et un recyclage informel.

L’expédition légale peut être documentée. Le résultat environnemental peut rester mauvais.

À quoi devrait ressembler la conformité numérique

Pour améliorer l’application des amendements de Bâle sur les déchets plastiques, les pays ont besoin de plus que d’obligations juridiques. Ils doivent savoir où se trouvent les pôles réellement fiables de recyclage des déchets plastiques. Deuxièmement, ils doivent tous être connectés à des flux de travail numériques de conformité.

Un système numérique pratique devrait relier toute la chaîne PIC : notification, consentement, document de mouvement, suivi de l’expédition et confirmation de l’élimination. Il devrait également relier les acteurs concernés : exportateurs, importateurs, autorités compétentes, douanes, pays de transit, installations de réception, laboratoires, inspecteurs et organismes chargés de l’application des règles.

Un tel système devrait inclure :

  • un registre des exportateurs, importateurs, courtiers et installations certifiées de valorisation et de recyclage autorisés ;
  • des flux de travail numériques pour la notification et le consentement ;
  • un suivi des expéditions au niveau de chaque mouvement, de l’autorisation jusqu’à l’arrivée ;
  • des documents de mouvement numériques reliés aux systèmes douaniers ;
  • des alertes en cas de consentement manquant, d’autorisations expirées, d’itinéraires suspects ou d’écarts de quantités ;
  • une confirmation au niveau de l’installation concernant le recyclage, la valorisation ou l’élimination ;
  • des liens entre les codes de déchets de Bâle, les codes douaniers et les systèmes nationaux d’autorisation ;
  • des tableaux de bord montrant les exportations, les importations, les destinations, les types de matériaux et les risques de conformité ;
  • une notation des risques pour les expéditions, les opérateurs et les installations de destination ;
  • des pistes d’audit pour l’application des règles et le reporting.

Du reporting annuel au contrôle en temps réel

La Convention de Bâle reconnaît déjà la nécessité d’approches électroniques pour les notifications et les documents de mouvement. Cependant, le rythme de la transformation numérique reste lent par rapport à l’ampleur du commerce mondial des déchets.

Si des millions de tonnes de déchets plastiques circulent à l’échelle internationale alors que le système de contrôle dépend encore largement de rapports annuels, de documents papier, d’échanges par courriel et d’un reporting national inégal, la mise en œuvre restera plus faible que ne le suggère le texte juridique.

La prochaine étape ne devrait pas seulement être une meilleure loi. Elle devrait être un meilleur contrôle opérationnel.

La perspective de Fussbann Group

Fussbann Group développe des solutions numériques qui aident les autorités publiques, les municipalités, les organisations internationales et les acteurs privés à opérationnaliser la gestion environnementale.

Pour les contrôles de Bâle sur les déchets plastiques, cela signifie construire des systèmes qui transforment les obligations juridiques en flux de travail pratiques : suivi des expéditions, registres d’acteurs, documentation numérique, alertes, tableaux de bord, outils d’aide à la décision et suivi de la conformité.

Les amendements sur les déchets plastiques ont renforcé le droit. Leur mise en œuvre effective dépend désormais de la capacité des pays à voir, vérifier et agir sur ce qui se passe en temps réel.

Le droit contraignant est important. Sans systèmes numériques reliant les documents, les acteurs, les expéditions et le traitement final, les contrôles des déchets plastiques restent trop dépendants d’un reporting tardif et d’une administration fragmentée.

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