
Les déchets plastiques sont souvent présentés comme un problème de production. C’est en partie vrai. La production de plastique continue d’augmenter et, sans action plus forte, les déchets plastiques continueront eux aussi de croître.
Mais dans de nombreuses régions du monde, la crise la plus immédiate n’est pas seulement liée à la quantité de plastique produite. Elle tient au fait que les systèmes de gestion des déchets sont absents ou incomplets.
De nombreux pays disposent d’un service de collecte des déchets dans les capitales et les grands centres urbains, mais pas sur l’ensemble de leur territoire. Les zones rurales, les quartiers informels, les îles, les communautés de montagne, les zones périurbaines et les municipalités isolées restent souvent en dehors de systèmes de collecte fiables. Par conséquent, les déchets plastiques n’entrent pas du tout dans une chaîne formelle de récupération. Ils sont jetés, brûlés, enterrés, entraînés dans les cours d’eau ou gérés par des systèmes informels.
La Banque mondiale a indiqué qu’environ 23 % des déchets mondiaux ne sont pas collectés, tandis que 33 % sont mis en décharge à ciel ouvert. Dans les pays à faible revenu, la situation est beaucoup plus grave : environ 60 % des déchets solides ne sont pas collectés et 93 % sont mal gérés. Une analyse antérieure de la Banque mondiale a également montré que les pays à faible revenu collectent environ 48 % des déchets dans les villes, mais seulement 26 % dans les zones rurales.
Le Global Waste Management Outlook 2024 du PNUE a estimé que la production de déchets solides municipaux pourrait passer de 2,1 milliards de tonnes en 2023 à 3,8 milliards de tonnes d’ici 2050. Il a également estimé le coût direct mondial de la gestion des déchets à 252 milliards de dollars américains en 2020, montant qui atteint 361 milliards de dollars lorsque les coûts cachés, tels que la pollution, les impacts sanitaires et les effets climatiques, sont pris en compte.
Ces chiffres montrent pourquoi le débat sur les déchets plastiques devient trop abstrait lorsqu’il se concentre uniquement sur les traités, les objectifs et le langage de l’économie circulaire. La question opérationnelle reste sans réponse : qui collecte les déchets plastiques, où, à quel coût, à quelle fréquence, par quel itinéraire, sous quelle responsabilité et avec quel résultat mesurable ?
La couche manquante entre politique et mise en œuvre
La plupart des pays ne manquent pas de politiques. Ils disposent de stratégies de gestion des déchets plastiques, de lois sur les déchets, d’objectifs de recyclage, d’interdictions visant certains produits plastiques, de plans d’action nationaux et de mécanismes de responsabilité élargie des producteurs.
Ce qui manque souvent, c’est la couche opérationnelle qui transforme la politique en prestation quotidienne de services.
Une loi peut prévoir que les déchets plastiques doivent être collectés et recyclés. Mais cela ne crée pas automatiquement des systèmes de collecte et de traitement des déchets. Les déchets plastiques constituent un flux de déchets et doivent, à ce titre, être envisagés dans le cadre plus large de la gestion des déchets. Si les déchets ménagers et urbains ne sont pas collectés et éliminés correctement, les déchets plastiques ne le seront pas non plus.
C’est là que les outils numériques opérationnels deviennent importants. Ils peuvent aider les gouvernements et les municipalités à passer d’engagements politiques généraux à une mise en œuvre concrète.
Ce que les outils numériques doivent réellement cibler
L’objectif des outils numériques dans la gestion des déchets est de résoudre des problèmes opérationnels précis.
Un système utile devrait aider les autorités à voir où la collecte des déchets existe, où elle est irrégulière et où elle est totalement absente. Il devrait relier cette carte de couverture aux itinéraires de collecte, à la capacité des véhicules, à l’accès routier, aux stations de transfert, aux installations de recyclage, aux sites d’élimination et à la fréquence du service.
Concrètement, cela signifie répondre à des questions simples mais souvent sans réponse : quelles communautés sont couvertes ? Quels points de collecte sont actifs ? Quelles zones sont régulièrement oubliées ? Quels itinéraires sont inefficaces ? Quel prestataire est responsable ? Quel est le coût réel par ménage, par kilomètre ou par tonne collectée ? Où les déchets échappent-ils au système ?
Les outils numériques peuvent également aider à gérer les acteurs impliqués dans les opérations de gestion des déchets. La gestion des déchets dépend des autorités nationales, des municipalités, des opérateurs privés, des recycleurs, des organisations de responsabilité des producteurs, des collecteurs informels, des entreprises touristiques et des organismes chargés de l’application des règles. Si ces acteurs ne sont pas connectés numériquement, les responsabilités restent fragmentées et la mise en œuvre devient difficile à suivre.
Un autre objectif majeur est la gestion des points de collecte. Un point de collecte n’est pas seulement un endroit où les déchets sont déposés. C’est une infrastructure. Il a une capacité, un type de matériau accepté, une fréquence de service, un opérateur responsable, un risque de débordement et des besoins de maintenance. Lorsque les points de collecte sont cartographiés, photographiés, attribués et suivis numériquement, ils deviennent partie intégrante d’un système géré, plutôt que de simples zones de dépôt informelles.
Les systèmes numériques peuvent également soutenir l’application des règles. Les interdictions de certains plastiques, les règles contre les dépôts sauvages, les obligations des prestataires et les contrôles des mouvements de déchets sont souvent difficiles à faire respecter parce que les preuves sont dispersées. Les signalements géolocalisés, les rapports d’inspection, les zones récurrentes de dépôt sauvage, les données de performance des prestataires et le suivi des mesures prises peuvent aider les autorités à passer d’une application faible des règles à une application fondée sur des preuves.
Enfin, les outils numériques peuvent améliorer le reporting. Trop de projets de gestion des déchets produisent des rapports après coup, sans donner aux gouvernements une vision réelle de ce qui se passe pendant la mise en œuvre. Le reporting devrait être connecté aux opérations elles-mêmes : itinéraires, acteurs, coûts, points de collecte, plaintes, inspections, flux de matériaux et résultats du recyclage.
Les déchets plastiques doivent être gérés comme un flux de matériaux
Les déchets plastiques sont souvent comptabilisés trop tard, après leur arrivée chez un recycleur, dans une décharge ou à un point d’exportation. À ce stade, une grande partie peut déjà avoir échappé au système.
Une approche plus efficace consiste à suivre les déchets plastiques comme un flux de matériaux : où ils sont générés, où ils sont collectés, où ils sont regroupés, où ils sont triés, où ils sont recyclés et où ils sont perdus.
Cela est particulièrement important pour les pays qui disposent de systèmes de gestion des déchets partiels. Une capitale peut être couverte par un service de collecte, alors que les zones rurales ne le sont pas. Une zone touristique peut disposer de poubelles, mais pas d’un transport fiable. Une interdiction des plastiques peut exister, sans que personne ne vérifie si les produits interdits sont encore utilisés. Un objectif de recyclage peut être annoncé, sans données montrant si les matériaux sont réellement récupérés.
Sans données opérationnelles, la gestion des déchets plastiques reste une ambition politique. Avec des données opérationnelles, elle devient un système qui peut être mesuré, amélioré et financé.
De la politique des déchets au contrôle opérationnel
La crise des déchets plastiques ne concerne pas seulement la production. Elle concerne aussi l’incapacité à construire des systèmes capables de collecter, transporter, trier, financer, suivre et faire respecter la gestion des déchets sur l’ensemble du territoire des pays.
De nombreux pays disposent de systèmes partiels. Ils peuvent couvrir les grandes villes, les quartiers centraux ou les flux de déchets ayant une valeur commerciale. Mais un système national fonctionnel de gestion des déchets exige davantage qu’un service visible dans la capitale. Il exige une couverture opérationnelle sur l’ensemble du territoire.
Fussbann Group développe des solutions numériques qui aident les gouvernements, les municipalités, les organisations internationales et les acteurs privés à opérationnaliser les politiques de gestion des déchets. Notre priorité est la couche pratique où la mise en œuvre réussit ou échoue : couverture, itinéraires, acteurs, coûts, points de collecte, application des règles, reporting et résultats mesurables.
Les déchets plastiques ne peuvent pas être gérés uniquement par des déclarations, des objectifs ou le langage des traités. Ils doivent être gérés par des systèmes qui montrent ce qui se passe sur le terrain et aident les institutions à agir sur la base de ces informations.
Lisez notre article « L’IA peut-elle améliorer les déchets plastiques »?