
Si c’est la première fois que vous entendez parler de la responsabilité élargie du producteur, ou REP, lisez les quelques paragraphes suivants. Sinon, vous pouvez passer directement à la section suivante !
La REP repose sur un principe simple : la responsabilité liée à un produit ne devrait pas s’arrêter au moment de sa vente. Dans un système de REP, les producteurs, importateurs ou détenteurs de marques sont rendus juridiquement et financièrement responsables de la collecte, du recyclage ou d’autres formes de gestion de leurs produits ou emballages lorsqu’ils deviennent des déchets. (OCDE)
Cela ne signifie pas nécessairement que les producteurs absorbent eux-mêmes le coût de la gestion des déchets. En pratique, les coûts liés à la REP sont généralement intégrés dans le prix des produits et sont donc répercutés, au moins en partie et souvent en grande partie, sur les consommateurs. La REP modifie donc la manière dont le coût de la gestion des déchets est collecté et réparti : au lieu de reposer uniquement sur les budgets publics généraux, il est directement associé aux produits et emballages mis sur le marché.
Il ne faut toutefois pas comprendre la REP comme un simple système de collecte de redevances destiné à financer la gestion des déchets. Selon la manière dont elle est conçue, elle peut prendre différentes formes, notamment :
- dans certains systèmes, les producteurs doivent assurer la collecte, la reprise, la réutilisation, le recyclage ou le traitement des déchets issus de leurs produits ;
- dans d’autres, les producteurs remplissent collectivement cette obligation en adhérant à un organisme de responsabilité des producteurs, ou PRO. Ils versent des contributions à cet organisme, qui organise en leur nom la collecte, le tri, le recyclage et la déclaration ;
- dans certains cas, les producteurs versent une redevance ou une contribution à un fonds public ou quasi public, qui finance ensuite des activités de gestion des déchets ;
- de nombreux systèmes de REP combinent responsabilité financière, objectifs obligatoires de recyclage, obligations de reprise, exigences en matière de contenu recyclé, obligations de déclaration et incitations à l’écoconception.
Le concept de responsabilité élargie du producteur a été développé par le chercheur suédois Thomas Lindhqvist, qui a formulé ce principe autour de 1990. L’ordonnance allemande sur les emballages de 1991 est ensuite devenue l’une des premières applications majeures de ce qui allait devenir la REP moderne, en obligeant les fabricants et distributeurs à reprendre les emballages et à organiser leur recyclage.
Plus de trois décennies plus tard, la REP est devenue un instrument important de politique de gestion des déchets dans de nombreuses économies.
L’UE : une législation harmonisée, une administration fragmentée
La REP applicable aux emballages n’est pas nouvelle en Europe. Dans le cadre européen précédent, notamment à travers la directive relative aux emballages et aux déchets d’emballages et la directive-cadre sur les déchets, les États membres avaient déjà mis en place leurs propres systèmes nationaux de responsabilité des producteurs.
Le nouveau règlement relatif aux emballages et aux déchets d’emballages, règlement (UE) 2025/40, cherche à créer un cadre européen plus harmonisé. Il introduit des définitions et des exigences communes et renforce la cohérence des règles concernant l’enregistrement et la déclaration des producteurs.
Cependant, en raison de la fragmentation administrative maintenue par l’article 44, les producteurs doivent toujours s’enregistrer dans chaque État membre où ils mettent pour la première fois à disposition des emballages ou des produits emballés. L’expérience pratique des entreprises concernées reste donc beaucoup moins harmonisée que le texte réglementaire lui-même.
Dans notre article précédent, nous examinons cette difficulté plus en détail et proposons une solution possible.
Dans les sections suivantes, nous présentons brièvement quelques exemples en dehors de l’Union européenne.
Norvège : utiliser une contribution sur les sacs plastiques pour financer l’action environnementale
Le Norwegian Retailers’ Environment Fund est financé par des contributions versées par les détaillants participants sur les sacs plastiques. D’un point de vue économique, ces coûts se retrouvent finalement dans le prix payé par les consommateurs.
Les recettes sont ensuite utilisées pour financer des projets visant à réduire la consommation de plastique, prévenir les déchets sauvages, améliorer le recyclage et développer des solutions circulaires. Selon le Fonds, son financement a soutenu des centaines de projets, tandis que la consommation de sacs plastiques a également fortement diminué.
Le Fonds finance aussi des projets en dehors de la Norvège. Par exemple, ses ressources ont soutenu des travaux mis en œuvre par le Secrétariat des Conventions de Bâle, Rotterdam et Stockholm sur la gestion des déchets plastiques et le développement de politiques associées.
Népal : mise en place d’un système de REP pour les emballages plastiques
Le Népal constitue un exemple particulièrement intéressant, car plusieurs projets consacrés aux déchets plastiques y ont déjà été mis en œuvre, et l’initiative la plus récente vise directement la mise en place d’un système de REP.
GRID-Arendal et la Fondation DOKO travaillent avec des acteurs nationaux et locaux afin de développer un cadre national de REP pour la gestion des déchets plastiques au Népal, comprenant des orientations sur la mise en œuvre ainsi que des méthodes de calcul des contributions de REP pour les emballages plastiques.
Le projet comprend également un projet pilote de système de consigne dans la municipalité rurale de Khumbu Pasang Lhamu, dans la région de l’Everest. L’objectif est de tester la manière dont des mécanismes de collecte et de remboursement pourraient fonctionner dans une zone géographiquement difficile et fortement affectée par les déchets liés au tourisme. Le projet est mis en œuvre dans le cadre des Conventions de Bâle, Rotterdam et Stockholm et financé par le NREF.
Le Népal développe également séparément des approches de REP pour d’autres flux de déchets. En 2025, par exemple, un projet a élaboré un cadre proposé de REP pour les déchets électroniques et les équipements de cuisson électrique.
Cela illustre une tendance importante observée dans de nombreux pays : la REP se développe souvent progressivement, flux de déchets par flux de déchets, plutôt que par l’introduction immédiate d’un système global couvrant tous les produits.
Inde : un système numérique centralisé de REP
L’Inde constitue l’un des exemples les plus intéressants, car son système de REP pour les emballages plastiques combine des obligations nationales avec une plateforme numérique centralisée.
L’Inde a adopté ses Plastic Waste Management Rules en 2016. Le système est devenu beaucoup plus structuré en 2022, avec l’introduction de lignes directrices détaillées relatives à la REP pour les emballages plastiques.
Les règles s’appliquent aux producteurs, importateurs et détenteurs de marques et couvrent plusieurs catégories d’emballages plastiques, notamment les plastiques rigides, les emballages souples, les emballages multicouches ainsi que les plastiques compostables et biodégradables. Le système prévoit également des obligations concernant le recyclage, la réutilisation, l’incorporation de matières recyclées et la gestion en fin de vie. (UNEP Law and Environment Assistance Platform)
Surtout, les entreprises concernées s’enregistrent via un portail centralisé en ligne développé par le Central Pollution Control Board indien. Les règles nationales imposent explicitement aux producteurs, importateurs, détenteurs de marques et opérateurs de traitement des déchets plastiques d’utiliser ce portail.
Cette architecture présente plusieurs avantages évidents :
- un point d’enregistrement national unique ;
- une base de données commune regroupant les entreprises soumises aux obligations et les opérateurs de traitement des déchets ;
- des déclarations numériques ;
- une vérification plus simple des recycleurs enregistrés ;
- la génération et l’échange de certificats de REP ;
- une meilleure base pour recouper les informations relatives à la conformité.
En parallèle, la centralisation ne garantit pas à elle seule une mise en œuvre efficace. L’Inde continue de rencontrer des difficultés liées à la vérification des déclarations de recyclage, à la fiabilité des données, à l’application des règles et à l’intégration du vaste secteur informel de la gestion des déchets.
La centralisation administrative et l’efficacité environnementale sont deux questions distinctes. Un pays peut simplifier les procédures d’enregistrement et de déclaration tout en maintenant une surveillance réglementaire rigoureuse.
Des systèmes différents, un même principe de base
La REP a considérablement évolué depuis son apparition autour de 1990.
Un système de REP efficace ne repose toutefois pas simplement sur l’introduction d’une redevance. Il nécessite des responsabilités juridiques clairement définies, un financement transparent, des données fiables, des systèmes fonctionnels de collecte et de recyclage, ainsi qu’une application crédible de la réglementation.
La réalité économique doit également rester claire : la REP ne fait pas disparaître les coûts de gestion des déchets et ne signifie pas nécessairement que les producteurs les absorbent eux-mêmes. Les consommateurs supportent souvent une part importante du coût économique à travers le prix des produits.
Nous examinerons cette question dans notre prochain article. Restez à l’écoute !
La question la plus utile est donc de savoir si la REP crée les bonnes incitations, oriente les ressources vers une gestion efficace des déchets et atteint ces objectifs sans générer une complexité administrative inutile.
L’expérience indienne soulève notamment une question intéressante pour l’Europe : si un pays de plus d’un milliard d’habitants peut exploiter un portail numérique centralisé de REP, une petite entreprise européenne vendant dans le marché unique devrait-elle encore devoir s’enregistrer séparément dans plusieurs systèmes nationaux ?
À lire ensuite
Un marché unique, plusieurs registres : peut-on simplifier la REP des emballages dans l’UE ?