L’industrie chimique est confrontée à un défi majeur en matière de durabilité, non pas parce qu’elle n’a pas progressé, mais parce que ses progrès sont dépassés par son propre succès.

Au cours des quatre dernières décennies, l’industrie est devenue plus propre, plus sûre et plus efficace. Le programme Responsible Care est passé d’une initiative principalement axée sur la santé, la sécurité et la protection de l’environnement à un cadre plus large de développement durable. Le Conseil international des associations de l’industrie chimique (ICCA) l’a renforcé grâce à la Responsible Care Global Charter, à des indicateurs de durabilité et à des mécanismes harmonisés de suivi des performances. Les producteurs européens de produits chimiques ont également réduit de manière significative leurs émissions de gaz à effet de serre tout en améliorant leur efficacité énergétique et leurs performances environnementales.

Ces avancées sont réelles et méritent d’être reconnues.

Pourtant, elles ne changent rien à une réalité incontournable : le monde continue de demander toujours plus de produits chimiques. Dans le même temps, l’industrie chimique demeure l’une des industries les plus énergivores et les plus polluantes de notre époque.

Chaque véhicule électrique, panneau solaire, éolienne, semi-conducteur, médicament ou engrais accroît la demande de production chimique. À mesure que les économies se développent et s’industrialisent, les produits chimiques s’intègrent toujours davantage dans notre quotidien. Le succès de cette industrie crée ainsi son propre défi environnemental. Une usine peut réduire ses émissions de 20 % par tonne produite tout en augmentant sa production de 40 %. Les indicateurs de durabilité s’améliorent, tandis que l’empreinte environnementale globale du secteur reste pratiquement inchangée.

C’est ce qui distingue fondamentalement l’industrie chimique de nombreux autres secteurs. Le carbone n’est pas seulement une source d’émissions ; il constitue également la matière première de milliers de produits. La décarbonation exige donc bien davantage que le remplacement des combustibles fossiles par de l’électricité renouvelable. Elle suppose de trouver des sources de carbone plus durables tout en continuant à répondre à une demande mondiale en constante augmentation.

Les études de transition menées par l’industrie convergent de plus en plus vers une même conclusion : il n’existe pas de solution technologique unique. L’électrification, l’hydrogène bas carbone, le captage et le stockage du carbone, les matières premières alternatives, le carbone circulaire et l’optimisation des procédés grâce aux technologies numériques sont des approches complémentaires plutôt que concurrentes. Le défi ne consiste pas à choisir une seule voie, mais à combiner plusieurs technologies afin de réduire les émissions tout en préservant la compétitivité et les capacités de production.

Cette évolution se reflète dans Responsible Care. Conçu à l’origine pour améliorer la santé, la sécurité et les performances environnementales, ce programme intègre désormais des indicateurs climatiques, la gestion durable de l’eau, le reporting en matière de durabilité et l’engagement tout au long de la chaîne de valeur. Il demeure le principal cadre volontaire d’amélioration continue de l’industrie. Il ne doit toutefois plus être considéré comme une finalité, mais comme un cadre de gouvernance soutenant une transformation industrielle beaucoup plus profonde.

En définitive, la durabilité environnementale de l’industrie chimique ne devrait pas être évaluée uniquement à l’aune des gains d’efficacité ou de la réduction de l’intensité des émissions. La véritable question est de savoir si le secteur sera capable de dissocier la croissance continue de sa production de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre, de la consommation de ressources et de la production de déchets.

C’est cette transition que l’industrie a désormais engagée.

Sa capacité à la mener au rythme nécessaire constituera l’un des grands défis industriels de notre époque.

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